Les hommes partis au combat, les femmes et les enfants restent seuls au village.Ce sont des proies faciles pour des ennemis assoiffés de sang et emplis de haine. Les femmes sont prises pour cibles dans les combats. Elles doivent fuir leur village ou bien elles et leurs proches sont voués à une mort certaine. Fuir pour survivre. Fuir pour aller où. Dans des camps de réfugiés qui parfois sont dans des pays voisins, loin très loin de leur village. Selon Amnesty International, il y a 40 millions de réfugiés dans le monde, qui ont fui à l’étranger ou déplacés dans leur propre pays. Qu’importe, le plus important c’est d’échapper aux balles et à la sauvagerie des hommes. Parmi ces réfugiés, 80 % sont des femmes ou des enfants. Ils meurent de faim, mais ils doivent continuer à marcher. Car, ils sont conscients que s’ils tombent dans les mains de l’ennemi, ils seront torturés, violés, vendus comme esclaves ou tués. Le 31 octobre 2000, le conseil de sécurité des Nations unies a reconnu dans la résolution 1325 que : « la grande majorité de ceux qui subissent les effets préjudiciables des conflits armés sont des civils, en particulier des femmes et des enfants, et que les combattants et les éléments armés les prennent de plus en plus souvent pour cible. »



Derrière le mot « cible », il y a d’atroces souffrances, et plus particulièrement le viol. En Colombie, en Afghanistan, en Guinée, au Soudan, en Tchétchénie, en République Démocratique du Congo, au Rwanda, au Burundi, dans tous les pays en guerre, des innocents sont torturés. Des milliers de femmes sont violées. Dans un conflit armé, le viol est utilisé comme une arme stratégique de guerre. « Le viol sert en temps de guerre ou de troubles intérieurs à conquérir, à chasser ou à dominer les femmes et les groupes humains auxquels elles appartiennent. Acte de torture lié au genre, il peut aussi être employé pour extorquer des informations, punir, terroriser ou humilier. » 2



Les femmes fuyant leur village sont d’autant plus exposées aux violences sexuelles, puisqu’elles sont dépourvues de protections masculines. Elles sont seules souvent accompagnées de leurs enfants et sans armes. Dans de nombreuses cultures, les femmes sont perçues comme les représentantes symboliques de leur peuple. De plus, elles portent l’avenir de leur peuple dans leur sein. En les violant, les soldats détruisent le peuple qu’elles représentent. Enfin, ils montrent l’incapacité des hommes de cette race à défendre leur femme. Le viol généralisé contre tout un peuple équivaut à sa destruction. Les femmes portent en elles les enfants de l’ennemi, sans évoquer le SIDA qui tue à petit feu. Le viol généralisé est semblable à un génocide.



Dans le cadre du droit international, selon la IVe Convention de Genève établie le 12 août 1949, à laquelle plus de 190 pays ont adhéré, l’esclavage, les tortures et le viol sont interdits. « A cet effet sont prohibés, en tout temps et en tout lieu : les atteintes à la dignité des personnes, notamment les traitements humiliants et dégradants. » 3



Enfin, selon la Cour pénale internationale, les violences sexuelles et les mauvais traitements infligés aux civils en temps de guerre sont considérés comme des crimes contre l’humanité. « Meurtre, extermination, réduction en esclavage, déportation ou transfert forcé d’une population,…persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste etc. » 4 Les crimes contre l’humanité ont été définis pour la première fois le 8 août 1945 par le tribunal international de Nuremberg, pour que les horreurs de la seconde guerre mondiale ne se reproduisent plus et que les populations victimes des conflits armés soient protégées.



Malgré les lois dans certains pays les hommes continuent de torturer des femmes et des enfants. Les victimes sont réduites au silence, témoigner serait une honte pour leur peuple. Ce silence est oppressant. La violation des droits de l’homme ne peut pas continuer impunément. Les tortures en temps de guerre ne doivent pas être considérées comme des pratiques de guerre, mais plutôt à leur juste valeur comme des atrocités inadmissibles.



Au dix-huitième siècle, Voltaire a lutté contre l’esclavage et les persécutions que les «valeureux guerriers » infligeaient aux civils durant la guerre. Au XXI e siècle, la lutte continue et le silence doit être rompu pour le respect de la dignité de chaque être humain.

NOTES: 1 Voltaire, Candide ou l’optimisme, 1759, chapitre 3. 2 Les crimes commis contre les femmes, p.12, rapport d’Amnesty International. 3 IVe Convention de Genève, protection des personnes civiles en temps de guerre. Article 3, c. 4 Article 7 du Statut de la Cour pénale internationale.