La concentration des médias en France
par Ricardo Matalbert | samedi 24 décembre 2005 | article lu 1064 fois
Chacun le sent bien : les médias sont devenus bien davantage qu’un quatrième pouvoir, selon l’expression autrefois consacrée. Ce sont eux qui fixent les termes du débat politique et en sélectionnent les acteurs. Economie, mode, culture, sport : aucun secteur n’échappe à leur emprise.
Cette puissance sans contrepoids, déjà préoccupante en elle-même, devient franchement alarmante pour la démocratie quand elle s’accompagne, comme c’est actuellement le cas, d’une concentration sans précédent : aux Etats-Unis, cinq entreprises géantes détiennent l’essentiel des stations de radio et des chaînes de télévision. En France, trois ou quatre marchands d’armes et constructeurs de bâtiments et travaux publics ont la haute main sur la majorité des médias.
D’où l’homogénéisation croissante du mode de traitement de l’information et de son contenu : les médias deviennent de plus en plus interchangeables. Le pluralisme intellectuel et culturel, pourtant indispensable au débat citoyen, est confiné aux marges que le système veut bien lui concéder. La société tout entière passe ainsi sous la coupe d’un pouvoir à la fois médiatique, économique et politique, qui ne tolère de critiques que de lui-même. Face à lui, l’exigence se fait jour d’un militantisme et d’une contestation d’un genre nouveau. Telle est la raison d’être de l’Observatoire.
Le livre de l’Observatoire Français des Médias sur la concentration dans les médias vient de paraître aux éditions Liris
Ce livre est l’aboutissement d’une réflexion menée au sein de l’Observatoire Français des Médias (OFM). Il fait le point sur une question majeure et généralement occultée, la place de la concentration des médias dans les dérives médiatiques actuelles. Dans la préface, Armand Mattelart, Président de l’OFM, resitue l’ouvrage dans l’histoire de l’OFM qui « entend se constituer en contrepoids à l’excès de tous les pouvoirs, en premier lieu ceux des grands groupes médiatiques ».
1 - Les médias dans les mains d’industriels et de financiers
La première partie adopte une perspective synthétique. Dans Médias concentrés, Ignacio Ramonet montre comment la concentration des médias se déploie au niveau mondial, menace le pluralisme de la presse, met en danger le droit d’être informé, transforme l’information en simple marchandise. Dans Lagardère, Bouygues, Dassault, Vivendi, Bertelsmann et quelques autres, Janine Brémond montre comment la plus grande partie des médias en France est sous l’influence de cinq groupes dont trois bénéficient de marchés publics. Cette forte concentration, aggravée par les alliances entre groupes, génère de multiples dérives, des connivences à l’abolition de la frontière entre information et divertissement, de l’uniformisation des contenus à l’exclusion de nouveaux venus qui n’appartiendraient pas au sérail, des pressions sur les hommes politiques à l’autocensure sur les sujets tabous.
2 - La télévision
Alliances et partenariats dans la télévision privée décrit les alliances TF1-M6 et Lagardère-Vivendi qui conduisent à une forme de duopole dont le pouvoir n’est pas réduit par l’arrivée de la TNT. Dans La télévision publique au risque du libéralisme, Fernando Malverde analyse les dérives de la télévision publique. La qualité et l’indépendance de la télévision publique se dégradent, en particulier sous l’effet de l’insuffisance du financement public et des politiques de réorganisation libérales. Que faut-il faire pour que naisse une véritable télévision publique ? Pierre Musso et Guy Pineau nous invitent ensuite, dans Les groupes de communication contre les télévisions associatives locales, à nous intéresser à l’audiovisuel local. A travers l’histoire des télévisions locales et des luttes du mouvement associatif, les auteurs analysent les enjeux démocratiques de l’audiovisuel local, élément de la construction d’un espace public local. Aujourd’hui l’audiovisuel local est confronté à la convoitise des groupes de médias les plus puissants et les télévisions associatives sont les grandes perdantes de la reconfiguration télévisuelle locale actuelle.
3 - La presse écrite
Dans Concentration dans la presse écrite, Christian Pradié analyse la profonde recomposition de la propriété de la presse écrite, l’extension plus ou moins directe de la représentation d’intérêts boursiers, le recul du pouvoir des sociétés de journalistes et d’employés, le développement du financement par la publicité, l’état de la législation européenne. L’illusion du pluralisme concerne particulièrement les quotidiens régionaux comme le montre Michel Diard dans Quotidiens régionaux, un règne sans partage. Les connivences y sont omniprésentes et la perte de confiance du lectorat est le résultat du rétrécissement de l’offre éditoriale et du conformisme des contenus. Comment les journalistes vivent-ils les mutations qui frappent la presse écrite ? Pour éclairer cette question Gaelle Bohé dans Journalistes pigistes, journalistes sous contrôle ? étudie la situation de ceux qui subissent de la façon la plus brutale les effets des transformations en cours.
4 - L’édition
Dans L’édition de livres, la course à la rentabilité, Janine Brémond montre que l’édition est devenue une industrie dans les mains de multinationales de la communication ou de groupes financiers. Sous l’effet de la course au profit qui en résulte, le marketing règne en maître, les livres s’uniformisent et les risques de censure dans le domaine économique et politique s’accroissent.
La conclusion expose les propositions de l’OFM pour limiter véritablement la concentration dans les médias. L’ensemble du livre fournit des repères pour comprendre les dérives du système médiatique actuel.
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par Ricardo Matalbert | Revue de presse |
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