Sous la principale route quittant Jérusalem vers le Nord, des archéologues ont retrouvé les vestiges d'une localité bien établie qui existait après la destruction du Temple.

"Nous avons été surpris de trouver une implantation aussi massive", explique Debbie Sklar-Parnes de l'Autorité des antiquités israélienne, qui dirige les fouilles entamées en 2003 avant la construction d'une voie ferrée. D'après ses estimations, le village s'étendait sur une superficie de 1,2 à 1,6 hectare. Il n'est pas possible de déterminer s'il préexistait ou non à la destruction du temple mais la vie s'y est poursuivie après l'an 70.

Des récipients en pierre laissent supposer que des juifs ont vécu dans le village après la destruction du Second temple. La pierre était utilisée car elle n'absorbe pas les liquides, permettant de stocker divers produits en respectant les règles religieuses de pureté. C'est la première preuve, explique Debbie Sklar-Parnes, que des juifs aient vécu si près de Jérusalem après la destruction du Deuxième temple. Autre signe, le village semble avoir été abandonné vers 132, à l'époque du second soulèvement juif contre les Romains, la révolte de Bar Kokhba. Cette date laisse fortement soupçonner qu'il s'agissait d'une communauté israélite. D'après l'historien Lee Levine de l'université hébraïque, il est probable que les villageois aient fui une attaque imminente des Romains. "Les Romains ont réprimé la seconde révolte de façon assez musclée", explique-t-il. Les bijoux, pièces et amphores datent de 70 à 132 et ils semblent indiquer que les habitants sont partis dans la précipitation.

Pour autant Lee Levine n'est pas encore totalement convaincu de l'identité juive du lieu à l'époque. "La présence d'amphores italiennes et l'absence de bains rituels jettent un doute sur la judéité du village". A l'époque, la majorité des historiens pensent que les juifs pratiquants ne buvaient plus de vin fabriqué par des non-juifs, insiste-t-il. Et en admettant que le village ait été construit avant la destruction du temple, il semble étrange qu'il n'y ait pas de bains directement liés aux rituels du temple. Mais leur existence n'est pas exclue. Les fouilles n'ont en effet encore concerné qu'une partie du village, souligne Debbie Sklar-Parnes.

Les historiens s'accordent à penser que les Hébreux ont quitté la région de Jérusalem en 70 après Jésus Christ, fuyant vers le Nord les persécutions et expropriations des Romains, rappelle Lee Levine. Daniel Schwartz, un autre historien de l'université hébraïque, juge qu'il est "parfaitement raisonnable" de penser que certains juifs ont continué de vivre aux environs de Jérusalem après la destruction du Temple. Il pense que pour ce faire ils ont dû verser des impôts supplémentaires et effectuer des travaux pour les Romains. Il est possible qu'ils travaillaient dans deux bains publics pour les soldats romains découverts sur le site.

Sara Toth

Sources: AP -Voxdei