La construction d’un mur en acier de 1100 kilomètres, haut de 4,5 mètres, éclairés par des miradors, équipés de caméra high-tech, a été approuvée par la Chambre des représentants par 260 voix contre 159. Ce projet a été défendu par le conservateur James Sensenbrenner, dans le cadre d’un durcissement de la législation sur l’immigration. Cette nouvelle loi prévoit également d’autres mesures : vivre en situation irrégulière aux Etats-Unis deviendrait un crime fédéral, les patrons qui emploieraient des travailleurs clandestins pourraient payer de très fortes amendes. Cependant pour que cette loi puisse être appliquée, le Président G. Bush doit avaliser le texte.

Le Président G. Bush, ancien gouverneur du Texas, état limitrophe du Mexique, connaît la valeur économique des travailleurs clandestins. Il a la lourde tache de trouver un équilibre entre la nécessité de ralentir l’immigration illégale et les besoins en mains d’œuvre bon marché. C’est pourquoi, cette loi devrait subir quelques changements avant d’être approuvé par le président.

Ce renforcement de la loi sur l’immigration intervient après la publication par le Centre d’étude de l’immigration (Center for Immigration Studies) du rapport « Last five years higthest immigration in history* », titre évocateur, publié en décembre 2005. Ce rapport annonce, en effet, des chiffres records jamais atteints dans l’histoire américaine : 35,2 millions d’immigrants vivent aux Etats-Unis de façon légale ou illégale. En cinq ans, près de 8 millions de clandestins ont franchi les frontières américaines. Ce rythme est 2,5 fois supérieur à la grande vague d’immigration européenne en 1910. Si ce rythme ne ralentit pas l’ONU prévoit en 2050: environ 415 millions d’habitants aux Etats-Unis. En comparaison, 298 millions de personnes vivent aujourd’hui aux Etats-Unis.

Avec la fermeture draconienne des frontières, le rêve américain va être de plus en plus dur à atteindre pour les immigrés. Les autorités mexicaines sont profondément choquées par la construction de ce mur. Le président Vicente Fox qualifie ce projet « de mur de la honte. » Les immigrés qui traversent la frontière, vont chercher une seule chose, du travail. La majorité d’entre eux envoient une partie de leurs salaires à leurs familles restées aux pays. Les immigrés fuient la pauvreté. Un mur suffira-t-il à les arrêter ?

Avant même sa construction, les immigrés étaient conscients de risquer leur vie en traversant la frontière. Les gardes frontières américains sont équipés de balles « dum-dum. » Ce sont des balles à tête molle, créées pour se déformer lors de l’impact sur la cible. Ces balles ont été interdites par la convention internationale sur les armes de guerres. Car elles sont très meurtrières. Le 30 décembre, Martinez Rodriguez, jeune mexicain de 18 ans, a été abattu par les gardes frontières. En plein débat politique, sa mort est devenue le symbole de la brutalité du système de défense des frontières des Etats-Unis pour les Mexicains. Chaque année, des centaines de clandestins meurent en tentant de passer la frontière. Ils meurent sous les coups des gardes frontières ou dans l’aridité du désert de l’Arizona.

La construction du mur va rendre l’accès aux Etats-Unis encore plus ardu et surtout encore plus meurtrier. Il est vrai que les murs ne sont pas sans précédents dans l’histoire du monde. On ne peut s’empêcher de penser, à l’instar de Vicente Fox, au mur de Berlin voire, toute proportion gardée, à celui qu’érige Israël en ce moment. A l’heure de la mondialisation et d’Internet, il est curieux de constater la recrudescence de ces fortifications, ultime retour au moyen âge.

Magdaléna Morisset.

  • Les 5 dernières années ont vu le plus fort taux d’immigration de l’histoire

Le rapport du Centre d’Etudes de l’Immigration est disponible sur Internet uniquement en Anglais.