« Ceux d’entre vous qui croient à ce que représentait Martin Luther King, je vous lance aujourd’hui le défi de voir que son esprit vit encore.»

Quand Martin Luther King a été assassiné en 1968 sa veuve aurait pu tout simplement se retirer de la vie publique et se consacrer à l’éducation de ses enfants. Au lieu de cela, Coretta Scott King a continué le travail de son mari, essayant de réaliser son rêve d’une Amérique de l’égalité des droits pour tous. Coretta King est devenue une grande figure publique et un important leader du mouvement des droits civiques. Elle a donné des centaines de discours tant à l’étranger que dans son propre pays ; elle a été très active dans des organismes tels que le Conseil National Des Femmes Noires et Les Femmes En Grève Pour La Paix. Elle a également endossé l’habit d’un écrivain pour publier une collection de citations de son mari, The Words of Martin Luther King Jr. (1983), et son autobiographie : Ma vie avec Martin Luther King Jr (1969).

Enfance à Heiberger

Coretta King est née à Heiberger près de Marion en Alabama. Elle a passé son enfance dans la ferme de ses parents à Heiberger. La ferme appartenait à la famille depuis la fin de la guerre civile. Mais les Scott n’étaient pas du tout riches. Ils ont été si gravement atteints par la grande crise de 1929 que même les enfants allaient cueillir le coton pour de l’argent. Les Scott avaient trois enfants -- Edythe, Coretta, et Obie. Obie portait le nom de son père, Obediah Scott, un homme très inventif, le premier noir du coin à posséder son propre camion et qui par la suite ouvrit un magasin vendant des produits du terroir. Leur mère Bérénice (Mc Murray) Scott, avait autant de caractère que son époux. Tout jeune enfant King marchait 8 Km pour aller à l’école, une classe unique, appelée Crossroads School.

Plus âgée, elle a étudié au lycée Lincoln de Marion, quinze Km de distance. Puisque cela représentait une distance trop grande à faire à pied, sa mère a loué un autobus et emmenait à l’école tous les étudiants noirs du secteur. Un comportement peu commun pour une femme noire des années 30. L’alternative aurait été que les enfants restent à Marion toute la semaine et rentrent chez eux seulement le week-end. Mais Madame Scott ne voulait pas que ses enfants se retrouvent trop loin de chez eux.

King a hérité de sa mère l’amour de la musique. Au lycée Lincoln elle a appris à jouer de la trompette, du piano et à chanter comme soliste à l’école de chants. Une élève intelligente et assidue, elle s’appliquait pour ses devoirs de maisons et elle était première de sa classe quand elle reçut son diplôme en 1945. Elle s'est alors inscrite à l'université d'Antioch, Ohio, où sa sœur Edythe était la première étudiante noire à plein temps du campus.

Étudiante dans le nord

A l’université d’Antioch, King a suivi des études pour devenir enseignante. Elle a aussi pris part au programme travail-étude de l’université, comme conseillère d’orientation, assistante bibliothécaire et surveillante au jardin d’enfants. Le fait qu’elle fût afro-américaine ne posait aucun problème à ce qu’elle assume ces rôles. Mais quand elle a commencé sa formation pour devenir enseignante, elle a très vite été bloquée dans son cursus. D’ordinaire, les étudiants qui se destinaient à l’enseignement faisaient des stages pratiques dans les écoles publiques locales. Cependant, dans ces écoles, il n’y avait pas un seul enseignant noir, et personne ne voulaient employer Coretta. Ses protestations tombaient dans des oreilles de sourds, même lorsqu’elle a fait appel au président de l’université. Elle a dû finalement faire son stage dans une école d’apprentissage.

Par ailleurs, King poursuivait des études de musique, elle a appris le violon, le chant et le piano. Elle chantait à la chorale de la Seconde église Baptiste de Springfield, Ohio, et elle a donné son premier concert solo en 1948. Avant qu’elle ait obtenu son diplôme, elle avait décidé de devenir chanteuse professionnelle plutôt que professeur d’école. Elle a été reçue au Conservatoire National De La Nouvelle Angleterre à Boston.

Bien que King ait bénéficié d’une bourse pour couvrir ses frais d’instruction au conservatoire, elle n’y a presque pas touché pendant sa première année à Boston. Pour payer son lit et son petit déjeuner, elle nettoyait la maison où elle vivait. Et habituellement pour dîner, elle se contentait de biscuits avec du beurre et de la pâte d’arachide. L’année suivante fut plus facile parce qu’elle reçut de l’aide de l’État d’Alabama, mais elle faisait encore très attention à chaque penny dépensé. C’est pendant ses études au conservatoire, qu’elle a rencontré Martin Luther King, qui lui aussi étudiait à Boston. Ils se sont mariés en 1953. L’année suivante, lorsque Coretta reçut son diplôme, ils se sont installés à Montgomery, Alabama, où Martin Luther King a commencé son ministère Pastoral.

Mme King

En épousant un passionné des droits civiques, Mme King savait qu’elle ne serait pas l’épouse d’un pasteur silencieux. Leur premier enfant, Yolanda (Yoki), est né en 1955, juste deux semaines avant le début du boycott des autobus de Montgomery. Avec le boycott est venu le danger (King dont la maison a été bombardée en 1956) a donc dû être constamment en alerte pour ses enfants et pour son mari. Les King ont eu trois autres enfants : Martin Luther III, Dexter, et Bernice.

Les années à venir ont vu Coretta King partager pleinement le travail de son mari, marcher à ses côtés, voyager à l'étranger avec lui, et donner des discours quand il ne pouvait pas le faire. Elle a également apporté sa propre contribution, au nom des Femmes En grève pour La Paix. Elle était déléguée à la conférence de désarmement à Genève en 1962, et elle a souvent donné des concerts au nom du mouvement de droits civiques, car elle continuait à exercer sa musique. Lorsque son mari fut assassiné à Memphis, Tennessee, en 1968, elle prit sur elle pour admettre qu’elle allait continuer son œuvre. Tout juste quatre jours après sa mort, elle a conduit une marche de cinquante mille personnes dans les rues de Memphis ; plus tard elle occupa la place de son mari à la Marche Des Pauvres sur Washington.

Poursuite de l’œuvre

L'année suivante, King a voyagé en Inde pour accepter une récompense qui avait été accordée à son mari un an plus tôt. En chemin elle en a profité pour visiter l'Italie, où le Pape lui a accordée une audience spéciale. Elle a fait un arrêt en Grande-Bretagne, où elle a prêché à la cathédrale Saint Paul -- probablement la première femme a avoir jamais eu un tel privilège. En 1969, le principal souci de King fut le Centre de Martin Luther King Jr. pour le changement social non violent qu'elle projetait de créer à Atlanta, État de Géorgie.

Au fil des années, King a travaillé dur pour soulever des fonds pour le Centre, qui aujourd’hui couvre trois blocs entiers et loge une bibliothèque et des archives du mouvement de droits civiques. King a surveillé le Centre, qui a réussi à réaliser son autre but principal -- obtenir comme jour de congé national la date d'anniversaire de son mari. Elle avait aussi un troisième but, et c'est une suite logique, elle continuait à se soulever contre l'injustice, particulièrement l’injustice raciale, faisant ce qu'elle pouvait pour faire du rêve de justice et d’égalité de son mari, une réalité. Réexamen du passé

Ces dernières années le meurtre de Martin Luther Jr. a été réexaminé. James Earl Ray, l'assassin condamné, décède en 1998 alors qu’il purgeait encore sa peine, mais il n’avait jamais cessé de clamer son innocence. La famille King a commencé à exprimer publiquement ses doutes sur le fait que James Earl Ray avait agi seul. Coretta Scott King et son fils Dexter King ont lancé un appel à la ministre de la justice Janet Reno et au Président Bill Clinton pour une commission nationale d’investigation sur l'assassinat. Quand Reno a admis une révision limitée du département de la justice, Coretta Scott King a apporté avant elle une très grande collection de preuves, qu'elle avait amassé au fil des ans, tendant à démontrer l’existence d’un complot pour tuer son mari. Après, toutefois, sept mois de recherche un mandataire de district de Memphis a conclu qu'il n'y avait aucune raison de croire que Ray n'avait pas tué King Jr et il est apparu qu’il avait agi seul. La famille de King, non satisfaite de ces résultats, a intenté un procès contre l’ancien propriétaire d’un restaurant qui dit avoir été payé pour planifier le meurtre. En décembre 1999, un jury du Tennessee a constaté que l'assassinat de 1968 était le résultat d'un complot et n'avait pas été accompli par un tueur unique.

Article écrit par Harold Vital-Herne pour Aleloo.com Version originale en anglais

Traduit de l'anglais par Ricardo Matalbert