L' art, l' argent et les technologies du Web
par Nicolas Ciarapica | vendredi 10 mars 2006 | article lu 704 fois
Interdire les échanges sur Internet, c'est "le combat des anciens contre les modernes" a déclaré le député français Christine Boutin à l'Assemblée nationale ! Nos artistes ont-ils le "mauvais oeil?"
Le combat fait rage contre la licence globale, qui permettrait de télécharger librement moyennant un petit forfait. Certains artistes, sutout les squatteurs du Top 50, avec leurs sacro-saintes royalties me font un peu sourire. Ils ont amassé en quelques années des centaines de vies humaines de SMIC rien que pour leur petite personne.
Alors qu'une hommée (unité de mesure d'une journée de travail/homme) rapporte déjà "un denier" et qu' "une mesure de farine" coûte aussi "un denier" comme dit le livre de l'Apocalypse, cet enrichissement est plus qu'indécent. Le travailleur moyen travaille déjà pour à peine parvenir, avec "une mesure de farine", à nourir sa famille au jour le jour. Le budget des loisirs augmentant, la dématérialisation des supports permet de démultiplier les oeuvres sans augmentation des coûts: c'est formidable !
Les artistes chrétiens devraient être les premiers à entrer dans cette brèche de la prodigalité et rendre les royalties... au Roi des rois. Car savez-vous, chaque débat sur les "droits d'auteur" pourrait bien en réalité n'être qu'un paravent pour plus de cupidité et d'égoïsme. Le droit à la copie privée devrait être un droit simple et inaliénable. Pourquoi? Parce que, de même que le droit de citation garantissait un certain "esprit chevaleresque" dans les joutes et les débats d'idées, de même il doit être loisible à chacun de prêter à ses amis son livre ou son disque de chevet. Cela participe de la diffusion normale des idées.
Ainsi, les photocopieurs ont été taxés fortement à cause du photocopillage tant redouté par les éditeurs. Pourtant, la Charte de l'UNESCO prévoit bien que chacun doit avoir accès à l'information et au droit à l'apprentissage (en version papier ou numérique)! Mais non, les étudiants, souvent peu fortunés, "lèsent" les grosses maisons d'édition ! On nous avait fait le coup pour les cassettes audio, et maintenant les supports de stockages sont tous taxés en vue de fournir une caisse noire pour les "pauvres industriels" du livre, du disque ou du cinéma.
Dans le monde des bibliothèques de lecture publique, il avait été à un moment question de faire payer le prêt des livres, car la concurrence créait un "manque à gagner" pour les éditeurs. Savez-vous en réalité ce qui se serait produit invariablement? Les lecteurs, payant désormais leur accès à la culture auraient de moins en moins osé s'aventurer à prendre des livres d'auteurs inconnus ou étrangers. Et qui aurait en conséquence encaissé le plus d'argent? Les GROS AUTEURS, connus, "valeurs sûres" des listes des best-sellers, déjà extrêmement riches, auraient contribué à couler encore plus les petits. Voilà ce qui pourrait se cacher derrière la préservation des intérêts défendus par les comités de droits d'auteur, SACEM, SACD et autres.
C'est effectivement comme dit bien Mme Boutin, un conflit des anciens et des modernes, de ceux qui veulent maintenir leurs privilèges contre ceux qui voudraient bien, eux aussi, en profiter ! Je pense notamment aux "pays du Sud",où l'Internet est presque totalement absent.
Rappelons que le mot artiste servait en premier lieu à désigner... les artisans horlogers ! De nos jours, l'artiste est celui qui se tient, pour nous, aux frontières de la "normalité" pour nous procurer du rêve et de la détente. "Ouvrez ouvrez la cage aux oiseaux", chantait le poète Pierre Perret. Quelques dizaines d'années plus tard, ce même Pierre Perret remettait au président Chirac une pétition signée par tous les plus riches artistes et qui disait en substance: "Remettez vite les oiseaux en cage". Quelle frilosité !
"Verrais-tu d'un mauvais oeil que je sois bon?", disait Jésus à l'employé syndiqué qui faisait valoir son droit d'ancienneté par rapport aux petits nouveaux rémunérés comme lui. Notre monde change et quelques octets, amis vedettes et grands majors, ne vous lèseront pas. Comme toutes les autres professions, vous apprendrez à valoriser vos talents autrement. Car contrairement à ce qu' on dit, l'Internet va accroître le désir pour plus de "matérialité", ou du moins une "matérialité" différente !
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par Nicolas Ciarapica | Société |
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