Comment un tel désastre naturel a-t-il pu se produire? Peut-il se manifester dans d’autres parties du monde ? Ces questions obnubilent encore nos esprits. C’est pourquoi, nous avons examiné les origines scientifiques et environnementales du tsunami. Les tsunamis sont principalement provoqués par des tremblements de terre, parfois par des glissements de terrains sous-marins ou une éruption volcanique (exceptionnellement par la chute d’une météorite.) Cependant tous les tremblements de terre ne provoquent pas de tsunami. En effet, l’activité sismique est liée aux mouvements des plaques tectoniques. Celles-ci forment l’écorce terrestre et sont animées par le magma visqueux sur lequel elles reposent. Les plaques se frottent les unes aux autres, se percutent, s’écartent, se chevauchent, déployant une énergie colossale. Alors, si du fait de ces contraintes une des plaques subit un brusque mouvement vertical, elle provoquera immanquablement un énorme déplacement d’eau. Pour rester simple, nous pouvons dire que les tsunamis sont générés par une brutale variation de la profondeur à grande échelle. Cette variation a évidemment une influence sur l’eau qui recouvre la zone concernée, le problème est que les effets sont à ce moment là très faiblement perceptibles.

La surface elle-même ne subira qu’une variation minime de son niveau (de l’ordre du mètre), le tremblement de terre produisant une onde de faible amplitude. C’est d’ailleurs pourquoi le mot tsunami signifie «vague portuaire » en japonais (tsu : le port ; nami : la vague), puisque sans avoir rien décelé au large, les pêcheurs retrouvaient parfois leur ville portuaire dévastée. Cela explique aussi pourquoi les raz de marée ne provoquent pas de dégât en haute mer. C’est aussi ce qui les différencie des très grosses vagues que l’on peut rencontrer au large, mais qui n’impliquent pas une quantité d’eau ni un courant suffisant pour causer de gros dommages sur une côte. Or, même de faible amplitude, l’onde en question peut se déplacer jusqu’à 800 km/h et tant qu’elle ne rencontre pas d’obstacles (c’est-à-dire la terre), elle ne perd que très lentement son énergie. C’est quand la profondeur devient plus faible que l’amplitude augmente et que les vagues deviennent visibles. La mer se retire d’abord avant de revenir avec de très puissants courants.

Finalement, un tsunami ne ressemble pas vraiment à la vague gigantesque que nous imaginons souvent. Nous pouvons plutôt le comparer à une marée surpuissante, terriblement rapide et provoquant une énorme variation de niveau ou à une masse d’eau démesurée qui se déplace très rapidement (sans forcement atteindre de grandes hauteurs.) C’est pourquoi nous avons vu ces images d’une mer envahissant les côtes, les villes et villages, même éloignés du rivage sans que rien ne puisse même la ralentir.

Au moins 137 tsunamis ont été répertoriés ces 20 dernières années. Ils étaient localisés en grande majorité dans l’Océan Pacifique. C’est en effet là que l’activité tectonique est de nature à engendrer des raz de marée le plus fréquemment. C’est aussi là que la prise de conscience du risque a été la plus rapide et qu’un système d’alerte performant a été établi pour prévenir les populations menacées. Ainsi, au Japon, l’information qui a dramatiquement manqué aux habitants des côtes d’Asie du sud est intégrée par la population concernée.

Est-il besoin de dire que le Pacifique ne détient pas le monopole des tsunamis, et qu’en plus de celui de l’Océan indien, la mer Méditerranée en a pour sa part connu au moins deux récemment. Suite à une éruption du Stromboli, le raz de marée fut très localisé, et un tremblement de terre en Algérie engendra une vague qui détruisit quelques bateaux de pêche en Espagne.

Alors, quels sont les risques à craindre encore aujourd’hui ? Nous avons vu qu’il existait des zones de plus fortes probabilités, mais des exemples récents sont venus rappeler que tout comme les tremblements de terre, il restait très difficile de prévoir les tsunamis. De même, du point de vue géologique, des très nombreux tsunamis ont causé de graves ravages dont l’histoire a parfois gardé la mémoire et il est certain que d’autres se reproduiront dans l’avenir.

Beaucoup ont ressenti une très vive émotion face aux drames liés à ce terrible phénomène naturel. Or il convient peut-être de rappeler que les mouvements magmatiques à l’origine de la tectonique des plaques (et donc des tremblements de terre, et par conséquent des tsunamis) font partie de ces grands mécanismes indispensables à la vie de la planète. Sans eux en effet, rien ne viendrait réguler la température interne de notre planète qui ne tarderait alors pas à devenir inhabitable. Nous avons donc collectivement besoin de tels phénomènes pour vivre, même s’ils ont pour conséquences de terribles tragédies.

Avec la participation de Vincent Maurer, titulaire d’un DEA de sismologie.
Florian Carayol