C'est ainsi que débute "Vol 93", le dernier film de Paul Greengrass, à qui l'on devait le magnifique "Bloody Sunday", un film coup-de-poing sur le jour où tout a basculé en Irlande du Nord. Caméra à l'épaule, Greengrass a choisi de nous faire revivre comme un documentaire la tragique mais courageuse épopée des passagers du vol 93, censés rallier la côte Ouest des Etats-Unis depuis New York. Ils n'arriveront jamais à destination. Mais feront s'écraser leur avion dans un champ afin d'empêcher les terroristes suicidaires d'atteindre leur cible: vraisemblablement la Maison Blanche à Washington.

Nous voici plongés dans l'action en temps réel, 90 minutes sans fard ni artifices, sans aucun acteur célèbre pour nous rappeler que les passagers étaient tous des anonymes. Sans nous attarder, nous les dévisageons tous les uns après les autres. Ils n'ont aucun don particulier autre que celui d'être des gens ordinaires. Nous les voyons avec leurs femmes, leurs maris, leurs enfants, leur vie simple, leurs préoccupations de tous les jours et croisons parmi eux quelques regards angoissés par l'horreur qu'ils sont en train de vivre.

Une vague cicatrice dans un champ, un souvenir diffus dans une journée effroyable, où tant d'hommes et de femmes sont morts, c'était à peu près tout ce qu'il restait des victimes du vol 93 d'United Airlines ce mardi 11 septembre 2001, que le réalisateur a voulu ressusciter l'espace d'un instant. On serait tenté d'analyser le jeu des acteurs, de critiquer l'aspect simpliste de la mise en scène "c'est nous les bons, c'est eux les méchants". On serait tenté d'enquêter pour débusquer les incohérences du script, construit sur des bribes de conversations téléphoniques glanées ça et là, de messages d'adieu lapidaires et émouvants laissés sur le répondeur d'un proche absent ou endormi, ou encore sur de brefs échanges radio entre pilotes et contrôleurs aériens. Mais on se tait pudiquement et on assiste, impuissants et médusés, à l'escalade vers l'horreur. La troupe disparate et hurlante des passagers, après avoir compris qu'elle est l'otage d'une mission suicide, récite le Notre Père et monte à l'assaut de son destin.

"N'oubliez jamais", nous assène Paul Greengrass en guise de conclusion. Nous n'oublierons jamais, en effet, que l'esprit de sacrifice est plus grand que l'intérêt personnel et qu'il n'est pas de cause qui mérite que l'on tue pour elle, mais qu'il en est une seule qui mérite que l'on meure pour elle: celle de défendre la Vie. Et c'est exactement ce que Jésus a fait pour nous.

Vol 93
Film américain de Paul Greengrass
Avec Lewis Alsamari, Trish Gates, Cheyenne Jackson
Genre : Drame
Durée : 1h 30min. Année de production : 2005
Date de sortie en France : 12 Juillet 2006
Titre original : United 93

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