Le sens du mot "travail"
par Nicolas Ciarapica | mardi 16 mai 2006 | article lu 1270 fois
Un sondage dévoilé sur l'état du "monde du travail" en France montre que 24% des salariés ont "très envie" d'aller travailler chaque matin, 60% "plutôt" envie, et 14% y vont à reculons. Dans l'esprit de beaucoup, le "travail" est un instrument de torture et de soumission, dont il faut s'échapper par la lutte des classes ou l'ascension à la force des poignets de l'échelle sociale, quand l'ascenseur est en panne.
En étudiant la racine latine du mot "travail", on constate qu'elle provient d'un instrument à 3 pieux, le tripalium qui d'après certains dictionnaires était un instrument de torture utilisé dans le monde romain. La réalité historique est un peu plus compliquée, même si l'on sait bien que dans la Rome antique, 100.000 "citoyens" (ou "affranchis" du travail) étaient servis par 6 millions d'esclaves menés d'une main de fer.
Ce dispositif à 3 pieux, le tripalium était utilisé à l'origine dans les fermes pour aider à la délivrance des animaux, les soutenir dans leur "travail d'enfantement" donc. Outil de contention, on s'en servait également pour ferrer, marquer au fer rouge et c'est naturellement que le coeur humain, dont Jésus dit qu'il est "méchant avant tout", s'en servit pour torturer les esclaves. La réputation du tripalium était née, et c'est cet usage qui a été retenu par les dictionnaires.
Le "Dictionnaire historique de la langue française" des éditions Robert nous apporte une précision supplémentaire sur l'origine du mot "travail". Le dictionnaire nous rappelle que le mot "travail" vient du croisement étymologique avec trabicula, une petite poutre transversale, qui servait de chevalet de torture. Trabiculare signifiait "travailler", dans le sens de "faire souffrir". En ancien français, le verbe "travailler" s'appliquait aux agonisants, aux suppliciés et... aux femmes en travail. Il fallait vraisemblablement à l'époque, en l'absence d'antidouleurs, immobiliser la maman pour l'aider à accoucher.
Tout cela est extrêmement intéressant pour nous chrétien qui avons été, grâce au "travail" du Christ sur l'instrument de supplice romain où il a été mis à mort, libéré de la malédiction initiale du péché. Est-ce à dire qu'il ne faille pas "travailler"? Certes non ! Est-ce à dire que les femmes chrétiennes ne souffrent plus pendant l'accouchement? Non plus !
Mais nous savons que c'est "la bénédiction de l'Eternel qui enrichit", et non plus le travail de nos mains. "En vain vous levez-vous tôt et vous couchez vous tôt, en vain mangez-vous le pain de la douleur, Dieu en donne autant à ses bien-aimés pendant leur sommeil." (Psaume 127, v.1 et 2) Et Jésus d'ajouter: "Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne stockent dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ?" (Evangile de Matthieu ch.6, v.26) Faut-il alors voir dans les paroles de Jésus un encouragement à la paresse? Loin de là ! Jésus nous enseigne au contraire que "la vie d'un homme ne dépend pas de ce qu'il possède, même s'il est riche" (Evangile de Luc ch.12 et v.15). Il nous apprend à nous réconcilier avec notre Père céleste, et avec tous les hommes. Cela nous garantit l'accès aux "granges de Dieu", qui sont remplies de "grains" et de bénédictions.
Comme les autres hommes, nous sommes soumis à la peine et au travail, nous levant tôt et rentrant le soir dans nos familles, mais avec une vision et une mission supérieure: notre coeur ne recherche pas la richesse. Notre argent superflu nous est confié par Dieu pour aller pallier au manque de celui qui a moins. C'est ainsi que le chrétien mène une vie "frugale" pour soutenir les travail missionnaire. Et dans notre travail, même si nous sommes aux prises avec des patrons acariâtres, des collègues railleurs et difficiles, nous mettons en pratique ce que l'apôtre Paul disait dans sa 3e lettre aux chrétiens de la ville de Colosses: "Serviteurs, obéissez en toutes choses à vos maîtres selon la chair, non pas seulement sous leurs yeux, comme pour plaire aux hommes, mais avec simplicité de coeur, dans la crainte du Seigneur. Tout ce que vous faites, faites-le de bon coeur, comme pour le Seigneur et non pour des hommes, sachant que vous recevrez du Seigneur l'héritage pour récompense."
Voilà comment le Christ a brisé la malédiction de la "souffrance par le travail", non pas en abolissant le travail pour ses disciples, mais en rendant leur coeur content ! Non pas en les affranchissant des circonstances difficiles, mais en leur faisant voir leurs souffrances comme une source de joie potentielle. Loin du masochisme morbide, cette attitude rend la peine et le fardeau légers. Car même pour le Christ, en vertu d'une loi romaine permettant la réquisition, la croix a été légère. Celui qui cesse de s'aigrir et de lutter intérieurement expérimente la liberté promise par le Christ: "Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de coeur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes." (Evangile de Matthieu ch.11, v.29)
Dans notre époque troublée où la valeur d'un individu se mesure à ce qu'il produit par le travail et dépense pour racheter ce qu'il a produit, le message de Jésus-Christ apporte une solution radicale. Sans forcément révolutionner les circonstances extérieures, le message de l'Evangile va profondément bouleverser les valeurs de l'individu. Celui qui auparavant était affecté par son image de "chômeur improductif" se retrouve libéré du poids des attentes de toute une société inhumaine qui de toute façon le remplacera par une machine. Il entre alors dans une dimension de liberté intérieure qui lui fait accepter toutes les tâches, même les plus ingrates, avec un coeur égal et joyeux. Et ce même message apprendra à l'homme riche de richesses terrestres que sa véritable richesse est dans le ciel.
Nous laisserons au livre biblique des Proverbes le dernier mot: "Un coeur content est un festin perpétuel. Mieux vaut peu, avec la crainte de l'Éternel, Qu'un grand trésor, avec l'angoisse. Mieux vaut de l'herbe pour nourriture, là où règne l'amour, qu'un boeuf engraissé, si la haine est là." (Proverbes, ch.15, v.15 à 17)
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