Qui a mis l'Afrique à genoux? Entretien avec José Mangungu Ekombe
par Nicolas Ciarapica | jeudi 2 novembre 2006 | article lu 808 fois
Animateur radio, producteur d'émissions, directeur d'antenne, José Mangungu est un journaliste chrétien engagé. En 1979, alors qu'il effectuait à Bruxelles des recherches documentaires pour sa thèse en géographie, il a fait une rencontre qui a bouleversé sa vie: Jésus-Christ. Il examine dans son livre "Congo ex-Zaïre, conquérir la Terre Promise" les causes de l'échec du développement de son pays natal.
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Congo ex-Zaïre, conquérir la "Terre Promise" » Télécharger la conférence "Qui a mis l'Afrique à genoux" (mp3, 78mo, 80') |
Je te propose, cher José, d'entrer directement dans le vif du sujet, avec une question cruciale: l'Afrique est-elle un puits sans fond? Une sœur me racontait que, de 40 responsables d'églises malgaches invités par elle en France pour y être formés, pas un seul n'est retourné au pays. D'où vient cette désaffection selon toi?
Dans le cas que tu cites en exemple, les personnes concernées seraient les mieux placées pour te répondre plus précisément. Toutefois, d’une manière générale, l’impitoyable pauvreté qui frappe l’Afrique fait de l’Occident un irrésistible pôle d’attraction pour les candidats à l’émigration. Si le redressement de la situation socio-économique sur ce continent ne se concrétise rapidement, il est à craindre que ce qui se passe aujourd’hui ne soit simplement les prémices d’un bouleversement plus sérieux sur le plan de la migration.
De quel pays parlons-nous exactement? Du Congo? Du Zaïre?
Nous parlons du Zaïre qui, depuis la chute du régime de Mobutu en mai 1997, est redevenue la République Démocratique du Congo. Dans mes écrits je l’appelle Congo ex-Zaïre pour deux raisons. La première est pour éviter la confusion avec un pays voisin qui a toujours gardé le nom du Congo tandis que l’ex-Zaïre, l’ex-Congo Belge a changé plusieurs fois d’appellation. La seconde raison est que sous le vocable du Zaïre, ce pays avait reçu de Dieu plusieurs bénédictions que nous n’avons pas su gérer. Peut-être n’en avions-nous pas conscience à l’époque. J’en parlerai plus longuement en d’autres occasions.
"La corruption n'est pas un sujet d'enseignement dans les églises qui évitent de faire la morale."
Que manque-t-il à l'Afrique pour être heureuse? On entend parler de réveils, mais on constate aussi une corruption incroyable. Un théologien nigérian disait "l'Eglise en Afrique est large de plusieurs kilomètres, mais profonde d'un centimètre". Quelle est ton analyse?
A mon sens trois choses privent l’Afrique d’être heureuse : le manque d’organisation, la négligence du sens de responsabilité, l’absence ou la mauvaise exploitation de la leçon tirée de nos multiples échecs et cela dans tous les domaines. Quant aux Eglises, il faut savoir qu’elles vivent en osmose avec la société, elles sont faites des citoyens de nos pays. Les Eglises historiques font des efforts dans certains domaines de la société : l’éducation, la santé, le social, etc. Tandis que les Eglise de Réveil s’occupent davantage de la solution aux problèmes individuels des fidèles par les moyens spirituels. Tu parles de la corruption par exemple. Ce n’est pas un sujet d’enseignement dans ces églises qui évitent de faire la morale. Les pasteurs qui sensibilisent les fidèles à la politique ou qui s’y engagent carrément ne sont pas toujours bien vus de leurs confrères. Les Eglises de réveil, vu leur vivacité, auraient dû devenir un espace de prédilection pour une approche civique active et populaire. Ce n’est pas David, ni Salomon, ni Daniel ni Néhémie ou Esdras qui me contrediraient.
Parlons de l'esclavage, qui est encore en vigueur de la part de tribus arabes au Soudan. Récemment, une cérémonie de repentance a eu lieu à Bordeaux. Cela a-t-il un effet ou sont-ce des simagrées?
Simagrées ou pas, il y a eu communication et rejet officiel de ce phénomène abject. L’homme est lié par ses paroles. Tu le sais. Dans une société où le symbolique importe, rien n’est superflu. C’est un petit pas vers la libération des esprits. Certains comportements négatifs, certains blocages viennent de l’époque où sévissait ce phénomène. Quant à ce qui se passe au Soudan, la Communauté internationale commence à s’y intéresser et c’est une bonne chose. D’autres formes d’esclavage persistent ou s’intensifient, par exemple la Traite des Blanches. L’Afrique, toujours elle, fournit un contingent non négligeable des filles vouées à la prostitution en Europe. C’est une des conséquences de la pauvreté dont nous parlons.
"Mobutu a bâti de grandes oeuvres... sur le sable."
Tu rapportes dans la causerie que nous diffusons ici un songe que tu as eu, où tu parle de la nécessité d'un véritable "esprit de reconstruction" en RD Congo. N'est-ce pas difficile de travailler après le règne de Mobutu?
Oui, tout à fait. Le règne de cet homme a marqué les esprits. Avouons que, malgré les critiques justifiées formulées à l’encontre de son régime, Mobutu a quand même fait de grandes choses mais, malheureusement, bâties sur le sable. L’appel du Seigneur à prier pour avoir l’Esprit de reconstruction est une manière de nous annoncer qu’il a un plan parfait pour ce pays et il le tient à notre disposition. Il est prêt à nous aider dans sa mise en application si nous décidons de reconstruire le Congo avec lui.
En toute logique, envisages-tu de te lancer en politique? Que penses-tu des "partis évangéliques"?
Je fais déjà de la politique. Je suis en train de la faire en répondant à tes question. Je participe au débat sur l’avenir du pays. Il n’y a pas que les décideurs qui comptent dans la reconstruction d’un pays, il faut aussi des gens pour suggérer des idées. Chaque société développée en compte un certain nombre. Il existe donc plusieurs façons de s’engager en politique. A mon avis, l’accession à un poste de responsabilité devrait être la conséquence naturelle d’un travail de fond et de longue haleine. Si un jour, le Seigneur me juge apte à assumer des responsabilités d’ordre politique, il rendra les circonstances favorables à l’accomplissement de son désir. Auquel cas je ne pourrais plus reculer, car je me sentirais soutenu dans mes actions. Je prends très au sérieux l’exercice de Pouvoir que je considère, pour ma part, comme un mandat nos seulement des hommes mais aussi de Dieu. J’ai conscience qu’il doit être assumé avec responsabilité. Je pense qu’un bon politique doit s’entourer d’éléments compétents comme collaborateurs et conseillers, car la vie des multitudes dépend de son action. Par conséquent il faut du temps pour pouvoir identifier ceux et celles qui partagent ta vision d’avenir. Lorsqu’on découvre l’identité de vue avec quelqu’un, dès lors la collaboration s’annonce fructueuse. On se montre bon collaborateur aux côtés d’un responsable dont on partage la vision. A l’inverse on s’offre ainsi un bon collaborateur si l’on est soi-même responsable. La vision commune entre deux ou plusieurs personnes est source d’énergie et d’audace donc de succès.
En ce qui concerne les « partis politiques évangéliques » je suis très réservé. En revanche je suis favorable à la constitution d’un lobby en vue de susciter un vote chrétien uni et respectable. L’exemple du Parti Démocrate Chrétien italien, éclaboussé par des scandales, me fait réfléchir. Les hommes sont faillibles et les chrétiens sont des hommes. Les chrétiens, porteurs de l’Evangile, doivent être le sel de la terre et la lumière du Christ partout où ils oeuvrent. Je souhaiterais les voir disséminés dans tous les partis politiques. Ensuite, ensemble, ils pourraient se retrouver fraternellement, sans considération d’étiquettes politiques, dans un grand mouvement qui servirait de veille, c’est-à-dire de structure de recherche et d’étude, d’espace d’encouragement mutuel et de témoignage dans la prière et enfin de lieu de positionnement inspiré par la Parole de Dieu. Je crois qu’il y a là matière à réflexion.
"Les 'faiseurs de mentalité' existent et se cachent dans l'ombre..."
Tu parles aussi souvent de sorcellerie. Cela existe-t-il? Y a-t-il un "esprit" de pauvreté? Ne peut-on pas plutôt parler de mauvaises habitudes?
La sorcellerie existe. C’est le nom de famille de la magie et du sortilège que la Bible dénonce dans l’Ancien et dans le Nouveau Testaments. J’ai essayé de démontrer grâce aux arguments tirés de la Parole que le Royaume et le gouvernement des ténèbres existent bel et bien. Jésus-Christ en parle. Dans ce Royaume les tâches sont réparties dans une hiérarchie bien ordonnée. Chaque pays qui représente un certain intérêt dans la stratégie mondiale est chapeauté par un super-gouvernement spirituel. Dans ce cas les Esprits reçoivent pour mission de la part de leur Prince, d’agiter un tel ou tel phénomène, un tel ou tel défaut parmi la population, un tel ou tel scandale en haut lieu. Tu remarqueras qu’un même peuple, parlant la même langue, mais séparé par une frontière nationale aura deux mentalités différentes, chacune influencée par un Esprit différent, celui qui dirige son pays d’appartenance. C’est la preuve de l’efficacité des faiseurs des mentalités cachés dans l’ombre.
Comment les Esprits agissent-ils ? Une fois les fondements d’une action enracinés dans les esprits, les hommes agissent, non plus à chaque fois, poussés par les Esprits, mais par « l’esprit » de la chose, c’est-à-dire par habitude. Là dessus tu as raison. L’ensemble des habitudes d’un lieu devient la mentalité locale qui peut être bonne ou mauvaise. Ce n’est pas pour rien que Jésus envoie ses disciples annoncer Son Royaume (de Lumière) et recruter des disciples. C’est aussi la raison pour laquelle la conversion d’une seule âme suscite une grande fête au Ciel. L’âme convertie change de royaume et de roi. Nous sommes, chacun de nous, constamment observés et attirés par les deux Royaumes qui font tout, chacun, pour récupérer le plus d’âmes possible.
La paupérisation de nos "banlieues" françaises est-elle à placer sur le même plan que la mécanique de pauvreté endémique qui sévit en Afrique?
Dans les deux cas l’origine spirituelle du phénomène ne fait guère de doute. Tu as sans doute remarqué que dans cet entretien je sors du cadre scientifique. Je suis à fond dans le spirituel. La paupérisation de l’Afrique vise à priver les Africains de la jouissance des richesses que Dieu leur a données. Le but est de les rendre vulnérables afin de les exposer à la merci de quiconque leur apporterait un peu de quoi vivre. Esaü n’a-t-il pas vendu son droit d’aînesse en échange d’un bol de potage ? Le diable veut pousser les Africains à vendre leur droit de propriété sur les richesses naturelles de leurs pays en échange d’une poignée des billets de banque. En revanche, la paupérisation des banlieues en Europe relève d’une stratégie différente, celle qui vise à créer des foyer des tensions. Ceux-ci constituent une bombe à retardement. A un moment donné, les pauvres ainsi « fabriqués », aidés par des « groupes spéciaux » que l’ennemi prépare dans l’ombre, vont monter à l’assaut de la civilisation judéo-chrétienne qui tire ses fondements de la Bible. C’est un aspect à approfondir.
"Les Africains doivent se prendre en mains, se montrer responsables, vaillants et innovateurs."
Au printemps dernier au Mali, Nicolas Sarkozy, qui sera très vraisemblablement le prochain président de la république française, avait déclaré : "N'écoutez pas ceux qui exonèrent les africains de leur responsabilité". Que penses-tu de cette déclaration? Une chose m'a toujours frappée, lorsqu'on voit les reportages sur ces immigrants auxquels tout est dû: nos aïeux, immigrants comme eux, se sont remués, ont retapé, construit leur cadre de vie, mais maintenant on voit des gens qui ne lèveront pas le petit doigt pour poser de la tapisserie, rafraîchir les peintures, etc. N'est-ce pas là un parallèle intéressant avec la situation de beaucoup?
Je suis bien d’accord avec Sarkozy. Je pense que les Africains doivent se prendre en mains, se montrer responsables, vaillants et innovateurs. Si Sarkozy devenu président va jusqu’au bout de son raisonnement, on pourrait espérer que durant son mandat les régimes démocratiques d’Afrique seraient encouragés et soutenus, la coopération changerait de visage, les échanges commerciaux seraient plus équitables avec une certaine régulation des cours des matières premières dont la chute des prix porte toujours préjudice aux économies africaines qui en vivent essentiellement.
Concernant ta question sur les immigrants, je signale avant tout que les cameras des télévisions vont rarement à la rencontre des immigrants, quoique de fraîches dates, mais qui se sont bien intégrés dans la société française et qui se comportent en Français. Ils ne présentent pas d’intérêt médiatique, pourtant ils sont nombreux. Mais la différence, le singulier, attirent les feux des projecteurs. Du coup, l’exception devient la règle et l’indignation contre les immigrés gagne du terrain dans l’opinion. C’est comme cela que se « fabriquent » les clichés facilement applicables à tort et à travers sur l’ensemble de la population dont quelques originaires auront fait l’objet des reportages à sensation. D’autre part, il faut admettre que la dégradation constatée dans les « ghettos » ( certaines HLM et les squats) où sont entassés les familles qui vivent dans la précarité est peut-être, dans certains cas, un signal d’alarme destiné à attitrer l’attention du Pouvoir public sur la situation sociale dans les cités et de celle des sans logis. Il faut noter que les occupants des squats n’ont parfois ni les moyens, ni l’autorisation des propriétaires (dont certains sont de véritables marchands de sommeil) pour effectuer des travaux d’entretien. Tu abordes là un vaste sujet dont les quelques minutes d’interview ne suffiraient à peine de bien cerner. Enfin, si par bonheur l’Afrique devenait un gros chantier de construction, la migration changerait certainement de sens. J’en suis certain.
TABLE DES MATIERES
AVERTISSEMENTS INTRODUCTION
Première partie : AUTOPSIE D’UNE FAILLITE D’ÉTAT : LA CHUTE DU ZAIRE !
Chapitre I. Un système ingénieux : le « Système Mobutu ». I. La fidélité au Guide de la Révolution zaïroise. II. Le sous-système “Tradition-clientèle”. III. Une image forte pour un président fort IV. Tout le monde était ministrable. V. Le piège de la peur. VI. De l’ « auto-protection ». VII. Une armée dans l’armée VIII . Le Mouvement Populaire de la Révolution.
Chapitre II. Une question de mentalité I. L’hédonisme était la philosophie majeure. II. L’argent facile III. L’orgueil, une contre-valeur nuisible ? IV. La dictature de l’orgueil :
Chapitre III Le triomphe de l’égoïsme. I. Servir ou se servir ? II. Stupide rivalité entre Zaïrois.
Chapitre IV. L’importance des pratiques spirituelles. I. La vie dédiée aux esprits. II. Et les églises ?
Deuxième partie : COMMENT CONQUERIR« LA TERRE PROMISE ? »
Chapitre V. Une « vision » pour la République Démocratique du Congo. I. Un projet de société. II. Les hommes et les milieux naturels III. Les richesses minérales et végétales IV. Les richesses animales et halieutiques V. Les centres urbains et leurs activités.
Chapitre VI. Des fondements solides. I. Quelle formation pour quelle démocratie ? II. L’indispensable organisation.
Chapitre VII.De l’indépendance à la liberté ! I. Faire la reconnaissance du pays. II. Développer l’esprit pionnier. III. Savoir livrer le combat spirituel.
UN QUESTIONNAIRE
LES ABREVIATIONS UTILISEES
ANNEXE
Chapitre VI. Des fondements solides.
"La peur de l’esprit d’organisation signifie l’attachement auX désordres."
Tous les projets échafaudés ci-dessus risquent de rester lettre morte s’il n’y a pas une organisation capable d’assurer le succès de l’entreprise soutenue par une ferme volonté politique.
L’idée d’une organisation doit rencontrer de la part des responsables du pays accueil et collaboration. Car Ils comprendront vite qu’il est de leur plus haut intérêt de donner satisfaction aux aspirations du peuple, pas pour le berner, ni pour l’endormir, mais pour le réveiller et surtout pour l’associer de façon responsable aux grandes décisions qui concernent la vie de la nation, par l’élaboration des projets communs dont il devra s’approprier.
La collaboration du peuple de façon éclairée et efficace ne pourrait être obtenue sans initiation de celui-ci à la pratique politique. Trois mots résument le succès d’une telle l’entreprise : la formation, l’organisation, la transparence.
I. Quelle formation pour quelle démocratie ?
A. La nécessité d’une définition claire.
Un jour il y avait une discussion entre Congolais ex-Zaïrois. Tout le monde réclamait la démocratie à cor et à cri. C’était la panacée universelle. Comme les interventions allaient dans tous les sens il a été demandé à chacun de dire ce qu’il entendait par la démocratie. Les réponses étaient : « C’est le droit de dire tout ce que l’on veut » , « C’est avoir beaucoup de partis politiques, autant que l’on veut », « C’est voter pour qui l’on veut, etc. » Quelqu’un a dit qu’il était un vrai démocrate. Il a expliqué, qu’il était démocrate car, a-t-il dit : « Je suis contre la dictature de Mobutu ».
Le fait d’avoir été contre la dictature de Mobutu par le passé ou même aujourd’hui à titre posthume suffit-il pour être un vrai démocrate ?
Deux difficultés apparaissent. La première est qu’ il y a autant de démocraties qu’il y a des démocrates. La deuxième c’est le certificat de bonne conduite démocratique que l’on serait tenté de s’attribuer pour s’être opposé à un dictateur. Tant que cette confusion ne sera pas dissipée, le Congo ne connaîtra pas de paix civile. D’où la nécessité de dégager un large accord sur les concepts employés pour régir la vie politique nationale. Il leur faut un contenu qui corresponde aux réalités du pays et au projet de société.
C’est dans cette confusion qu'est née ou renée une flopée de partis avec en sigle la lettre « D » qui signifie bien sûr « démocratique ». Le nom du pays n’y a pas échappé. Tout en pensant fédéralisme, c’est l’appellation « démocratique » qui sera affichée. Elle rassure. Est-ce que tout ce qui est contraire à une dictature est-il démocratique ? Mais c’est quoi, donc, la démocratie ? La voulons-nous vraiment ? Quelle démocratie ? A quelles conditions ? En 1959, tout le monde criait que vive l’indépendance, « kipuanza », «uhuru yetu », etc. C’était quoi encore l’indépendance ?
L’enthousiasme de l’indépendance passé, des années après, ceux qui avaient connu la colonisation se demandaient : « Quand est-ce que l’indépendance va finir » ? Faut-il encore risquer cette question au sujet de la démocratie ? « Quand est-ce que la démocratie va finir ? » Ce serait un constat d’échec.
Lorsque les termes de base employés dans les discussions ne sont pas clairement définis, chacun les définit à sa façon, selon sa culture, ses lectures, son expérience et selon l’idée qu’il s’en fait à partir de ses pratiques. C’est le début de désaccord, de confusion, de conflits et d’échec.
B. Les exigences de la démocratie.
Avant de parler des exigences, mettons-nous d’accord sur le terme démocratie. L’expression qui convient mieux c’est celle du « processus démocratique ». Il convient de considérer la démocratie comme un moyen pour atteindre un but. Le but, dans le cas qui nous intéresse, est de bâtir notre pays selon la vision que nous aurons pris le soin d’élaborer ensemble, comme pour concevoir le plan d’une maison que nous allons habiter. Chacun donne son avis sur le nombre des pièces, leur agencement, leurs dimensions, etc. Pour mettre tout le monde d’accord, la décision est prise dès le départ afin de faire passer l’avis de la majorité qui l’emporte. C’est le début de la démocratie.
Il ne suffit pas de le décider pour que la démocratie s’installe. Mais il faut en respecter les exigences. Il y en a plusieurs.
Les pays développés ont plusieurs longueurs d’avance sur nos pays parce qu’ils ont compris une chose très importante. La société est une très grande association dont les membres sont des citoyens. Ce qui suit est aussi valable pour la gestion d’une association que pour un pays.
La différence entre un pays et une association se trouve dans le fait que l’État est une association obligatoire dont la qualité de membre se définit d’abord par l’appartenance des parents au pays en question puis par la naturalisation. Tandis que l’association est créée pour répondre à un besoin, l’adhésion, contrairement à l’État, est facultative.
En réfléchissant sur le fonctionnement d’une association l’on peut mieux comprendre le fonctionnement de l’État, et être à même d’influer sur son fonctionnement en tant que citoyen.
Après avoir défini le but poursuivi par l’association, on analyse les moyens d’y parvenir, les compétences à rassembler pour réussir, la durée de l’action, et l’avenir de l’organisation. Tous ces éléments sont loin de mettre toujours tout le monde d’accord. C’est alors que le processus démocratique se met en place. Il y a des conditions à respecter :
1° Le processus démocratique (la démocratie), ne peut s’appliquer que là où tous les membres d’une association, tous les citoyens d’un état sont égaux en droits et en devoir.
2° Ils doivent connaître les règles de fonctionnement du processus démocratique, ses implications dans leur vie, et se soumettre à l’opinion majoritaire et obéir aux décisions des élus représentant la majorité.
3° La liberté d’opinion doit être respectée, la majorité au pouvoir doit accepter d’être critiquée par les représentants de l’opinion minoritaire qui se trouve alors dans l’opposition. L’expression doit être libre.
4° Le consensus et les alliances font partie des règles du jeu démocratique. La meilleure façon de concilier des points de vue différents c’est de les confronter autour d’une table. Après discussion, voire des négociations, on parvient à un accord où chaque partie lâche un peu de lest.
5° Le respect des règles établies est fondamental à la vie démocratique. En général les règles du jeu sont établies avant toutes discussions importantes. Les accords conclus entre membres ou entre partis sont appelés à être respectés par tous. Se mettre au-dessus des accords, au-dessus des règles établies c’est mépriser les autres signataires de l’accord.
6° L’honnêteté et l’humilité doivent caractériser les acteurs de la vie démocratique. Ces sentiments font reconnaître après discussions que l’on peut se tromper, que l’on n’ a pas convaincu la majorité des participants à une réunion.
7° Le vote . C’est l‘élément le plus connu du processus démocratique. Il permet l’apparition d’une majorité et d’une opposition au parlement, dans les commissions, etc.
C. La formation à la liberté démocratique.
Depuis toujours les Congolais n’apprenaient qu’une chose, à obéir. Ils le faisaient en confiance. Dans leur tradition, c’est le chef coutumier et ses proches conseillers qui décidaient de la politique du village, ou de la tribu ou du royaume. A l’époque coloniale, les décisions étaient prises par l’Administration. Après l’indépendance, les choses n’ont guère changé. Les citoyens sont toujours appelés à aller cautionner la politique de l’État, du parti ou des deux confondus au moyen de vote. Or l’obéissance n’est vraiment constructive que quand elle est consentie en connaissance de cause. La connaissance doit donc faire l’objet d’un programme de formation à la démocratie.
Il est donc indispensable de faire prendre conscience aux Congolais de l’importance d’être dans la pratique citoyenne, de mieux connaître leurs droits afin de s’acquitter de leurs devoirs sans rechigner. Cette connaissance sera la lumière qui les conduira à la liberté, à la pleine souveraineté. Ils pourront décider mûrement de l’avenir de leur pays. Ils choisiront les personnes qu’ils auront jugées compétentes pour appliquer la politique à appliquer.
La formation porterait sur les sept points que nous venons d’évoquer et en plus sur les échanges et les discussions, éléments importants pour se comprendre, pour œuvrer en commun, en ayant l’habitude de l’écoute de l’autre, du respect de son interlocuteur, en apprenant à être un bon perdant, et en cas de victoire apprendre à respecter le perdant.
La formation portera également sur la maîtrise des outils fondateurs et d’accompagnement de la démocratie comme : la rédaction des statuts d’une association, la rédaction d’un mémorandum, l’usage des pétitions la valeur de celle-ci, la mesure de l’intérêt de l’opinion publique,( pour voir la mobilisation des électeurs pour un sujet, grâce aux sondages, au taux de participation, au taux d’abstention…) Cette mesure ne sera possible qu’à une condition que les élections ne soient pas obligatoires. Or jusqu’à présent elles l’ont toujours été au Congo.
La meilleure formation de la démocratie se fait à la base. Elle s‘accomplit concrètement au travers des réalités quotidiennes. Il est très souhaitable que les citoyens puissent se familiariser à la pratique démocratique pour opérer les choix sur la vie sociale, sur la vie culturelle, ou locale.
Les citoyens une fois associés à la réflexion et aux décisions, peuvent commencer à rêver, à se motiver pour les initiatives communes, et à oeuvrer pour l'intérêt du pays. Quant aux politiciens, l’avantage est qu’ils auront un soutien réel et intelligent de la base. C’est un travail de longue haleine. Il demande aux responsables d’être formés eux-mêmes pour être soucieux et aptes à former les villageois et les citadins de base à l’exercice de la liberté et des responsabilités.
Les dirigeants obtiendront de très bons résultats et de façon régulière avec un peuple appelé à donner son avis sur la bonne marche des choses, de son propre gré, que d’accepter d’être contraints à accepter les directives venues d’en haut. Tous les peuples, même les plus illettrés savent où se trouvent leurs intérêts fondamentaux. L’accord obtenu par conviction est une garantie de réussite.
Un politicien de l’appareil qui veut le soutien de la base s’imprégnera, plus que de coutume aujourd’hui, des réalités du peuple pour mesurer ses besoins, évaluer ses moyens, suivre la réalisation des projets mis au point ensemble. C’est la réussite de ceux-ci qui lui vaudra d’être réélu. Nous sommes là dans la vraie démocratie.
Il faudra cependant être attentif à la manière dont la démocratie sera proposée au peuple congolais. L'une des causes de l'échec de la démocratie dans une jeune société est la multiplicité des définitions du concept de la démocratie par ceux là même qui voudraient l'imposer, l’autre cause est justement d’être l'imposée d'en haut.
La formation à la démocratie ne pourrait se passer de l’apprentissage de la manière de bâtir les projets. Cela pourrait commencer dès l’École maternelle et se prolonger jusqu’à l’Enseignement supérieur. Les Congolais doivent apprendre à travailler ensemble, à s’organiser, à savoir se prendre en charge sans attendre tout de l’État. C’est un réflexe à prendre. Savoir diriger s’apprend et se peaufine avec l’expérience. La démocratie s’apprend aussi dans la pratique, dans le respect des autres. Cet apprentissage pourrait se faire aussi dans les quartiers, dans les lieux d’habitation, sur les lieux de travail, dans les associations, dans le cadre d’un projet, etc. La démocratie est une pratique, mais aussi un réflexe.
La meilleure pratique de la démocratie devra être bâtie pour réaliser un rêve, plutôt que pour voir un individu ou une ethnie au pouvoir. Les individus passent, mais le projet demeure.
II. L’indispensable organisation.
L’organisation est le fondement même de toute civilisation. Depuis l’Antiquité les grands empires n’avaient réussi à se maintenir que grâce à une organisation administrative, militaire, sociale sans faille. Si l’on peut dire « à chaque société son organisation propre », il n’en demeure pas moins qu’il existe des principes qui se retrouvent dans toutes les organisations.
A. Les conditions d’une bonne organisation.
1°. Prévoir.
Après l’indépendance, on entendait de la bouche de « l’élite » congolaise de l’époque ce que les étrangers n’arrêtaient pas de leur dire à savoir : « Le Congolais n’est pas prévoyant ». On a su par la suite que certaines personnalités congolaises avaient interprété cette remarque à leur façon. Elles fêtaient leur premier million en francs belges déposés dans des banques à l’étranger… Ils se voulaient soucieux de l’avenir de leurs progénitures. Ils eurent beaucoup d’émules.
Le souhait est que le Congolais soit vraiment prévoyant, mais sans oublier la solidarité africaine. Savoir penser aussi aux autres. Certes, le Congo dispose d’un institut de prévoyance sociale. A voir les montants des retraites versées aux « pensionnés » comme on les appelle au Congo, on a deux réactions : la première, demeurer le plus longtemps possible à son poste, repousser autant que possible sa date de retraite, ou alors se constituer une retraite honorable en se servant dans les caisses de l’État.
Une des raisons qui avaient découragé les soldats congolais de faire obstacle à l’invasion était la modicité de la retraite payée aux épouses et enfants des soldats tués aux combats ou dans d’autres circonstances ou par la maladie. Un autre exemple de manque de prévoyance à relever, pour une métropole qui compterait environ 4 millions d’habitants, Kinshasa n’a pas de camion de pompiers. Il y en a moins de cinq, basés aux aéroports de Ndjili et de Ndolo. Quant aux ambulances, on peut en compter sur les bouts des doigts. D’ailleurs ce serait pour emmener les malades à quelle destination ? Il n’y a plus d’hôpitaux dignes de ce nom Quelques cliniques privées appartenant aux sociétés commerciales ou aux médecins ou aux missionnaires essayent de soigner les patients. Mais elles ne peuvent pas remplacer les efforts du gouvernement en la matière.
2° L’entretien et l’approvisionnement.
Il ne suffit pas de construire un immeuble et de s’y installer. Il est indispensable de savoir combien de temps les éléments peuvent tenir sans entretien ? Prévoir le coût d’entretien qui doit figurer dans le « budget prévisionnel » de l’entreprise. Par la même occasion prévoir l’achat des consommables, et même prévoir une enveloppe pour l’imprévisible. Les pièces de rechange doivent être à portée de la main pour parer à l’urgence lorsqu’on a une machine, un moteur, un appareil, ou alors signer des accords avec un fournisseur des pièces de rechange, et être sûr qu’il est toujours approvisionné et qu’il soit toujours payé à la date convenue. Tout doit être fait pour assurer la continuité du service. C’est le premier devoir de tout responsable conscient, nommé à un poste important.
La conception d’un projet de société commentée plus haut est une façon de cerner et de prévoir l’avenir de toute une communauté.
Toute organisation doit prévoir son propre déroulement, ses besoins, savoir comment parer à d’éventuelles difficultés, quelles sont les solutions envisageables, prévoir la suite de l’opération, et voir sa conclusion.
Le pays avait construit de beaux bâtiments : l’ex-« Cité de la Voix du Zaïre », le Centre International de commerce, etc. mais ils avaient oublié que ces bâtiments ultramodernes exigeaient un entretien suivi. La climatisation étant tombée en panne, le Centre des Affaires a été fermé, les endroits indispensables au sein de la cité de la télévision sont infréquentables, la belle cité d’Inga construite par les Italiens au moment d’ériger le barrage, au dire d’un compatriote, se dégrade, alors qu’elle était aussi belle que certains quartiers de grandes villes d’Europe, cela faute d’entretien.
3° Les compétences.
Est-il besoin de rappeler ce vieux proverbe anglais qui dit : « L’homme qu’il faut à la place qu’il faut » ? Suivre cette recommandation c’est assurer la continuité du service. C’est aussi œuvrer dans la justice à l’égard de certaines personnes pleines de compétence mais se retrouvant au chômage car elles ne font pas partie de l’ethnie du chef ou de celle de sa femme. La justice est garante de la paix et de la prospérité dans une société donnée. Le personnel employé doit être bien traité et être assuré de l’être même à la retraite. C’est rassurant pour celui qui travaille, libéré de soucis d’avenir.
4° La coordination.
Toute organisation suppose une coordination des différents rouages de l’appareil. Les actions doivent être harmonieuses pour un bon résultat final. L’organisation en tant que principe doit être acceptée de tous pour produire du résultat. Or cela n’a pas toujours été le cas. Les responsables et le peuple étaient opposés à l’organisation, chacun pour une raison différente.
5° L’organisation, révélatrice des faiblesses.
Pour être efficace, la conception d’une organisation doit résulter d’un consensus. L’organisation doit être la réponse aux besoins de plusieurs personnes avec des avantages qu’elles ne peuvent obtenir individuellement. Or l’organisation dans l’inconscient du peuple zaïrois était devenue synonyme de l’oppression de la part du Pouvoir. Une bonne organisation avait le défaut de présenter une menace contre tous ceux qui agissaient pour s’enrichir dans l’ombre et de façon malhonnête.
La peur de l’organisation avait affecté toutes les couches de la population zaïroise. Un jour un professeur d’université m ‘a tenu ce raisonnement : « Il faut en profiter maintenant. Dans quelques années si un homme qui a le sens de l’organisation arrive au pouvoir, il sera très difficile de s’enrichir ». Ce professeur n’était certes pas le seul à le penser. Tous ceux qui ne s’étaient pas encore estimés assez riches, n’étaient pas pour l’instauration de l’ordre dans la société zaïroise. Tout compte fait, aujourd’hui, 40 ans après l’indépendance, la population n’arrête pas de s’appauvrir. Pourtant jadis, chaque citoyen gagnait peu, à la sueur de son front, mais avait trois repas par jour pour toute sa famille. N’est-il pas temps de décider d’arrêter de rêver de l’argent facile, pour une société juste où une bonne organisation engendrerait du travail, permettant à chacun de gagner sa vie honnêtement ? La décision appartient à nous tous.
Du point de vue du Pouvoir, l’aversion à l’organisation avait un autre fondement. Une organisation structurée, surtout à partir de la base, était synonyme de concurrence déloyale. Il était dangereux de laisser les citoyens s’organiser par eux-mêmes en dehors de l’organisation imposée d’en haut par le Pouvoir. À cause de la peur, quand un privé décidait par exemple de financer l’asphaltage d’un tronçon de route pour lui faciliter le passage, il était lourdement taxé car, officiellement, il s’emparait des prérogatives de l’État. Pourtant l’État n’en avait ni les moyens, encore moins la volonté. Mais en réalité, un tel individu ou un tel groupe d’individus constituait une menace au monopole du Pouvoir qu’ils concurrençaient par leurs actions.
Un peuple qui apprend à s’organiser est un peuple qui peut se prendre en mains, donc capable d’évaluer les incompétences du régime, au besoin de les corriger.
B. La transparence précède la confiance.
La transparence c’est agir dans la clarté. C’est être toujours prêt à rendre compte de ses actes sans difficulté devant ceux qui ont le droit d’être au courant. La transparence est un catalyseur de la démocratie et de toute organisation. La transparence favorise un climat de confiance. C’est la confiance qui suscite la motivation. Un homme motivé est capable de réussir bien des exploits.
Mais une coutume qui remonte au lendemain de l’indépendance veut que l’on ne dise jamais la vérité au peuple. C’est l’origine du mensonge officiel au Congo. Tout est opaque. A l’époque du Zaïre, la radio officielle était écoutée avec méfiance. Tandis que la « Radio Trottoir », la rumeur, était beaucoup plus crédible. Tout le monde vivait et agissait dans les mensonges et dans la dissimulation.
1°. le mensonge.
Pour être élus, les politiciens faisaient des promesses hardies. Je me souviens de ce politicien, en 1959 à la veille de l’indépendance, j’étais très jeune, il disait que le fait d’acheter la carte de son parti donnait au bénéficiaire le droit de prendre gratuitement l’avion après l’indépendance ( mensonge ). Au fil des élections et des années, les mensonges en politique se multipliaient. Un candidat à la députation à Kinshasa promettait monts et merveilles, il avait même été généreux jusqu’à ouvrir sa maison à tous ceux qui désiraient y venir manger à midi et le soir. Mais dès que la radio a annoncé l’élection du candidat, le lendemain les habitués ont trouvé porte close.
Le mensonge et les promesses mensongères collaient tellement à la peau des politiciens que leurs déclarations n’étaient acceptées ou applaudies que par politesse, pour leur faire plaisir. A une certaine époque on entendait souvent dire : « Yo ozali na politique mingi hein » littéralement, « Tu as beaucoup de politique » en clair, « tu mens ».
Les Congolais désabusés définissaient la politique comme étant « L’art de tromper l’autre, en attendant d’être trompé soi-même ». ou encore : « L’art d’empêcher les gens de s’occuper de ce qui les regarde ».Un peuple désabusé est un peuple difficile à mobiliser et à remotiver.
2°. La dissimulation.
La vie politique et même administrative à l’époque du Zaïre était truffée de secrets. On ne pouvait rien obtenir. La réponse que donnaient les fonctionnaires aux chercheurs un peu trop curieux à leur goût, surtout dans le domaine des chiffres, était : « C’est confidentiel ». On dirait que tout le pays était sous couvert du secret d’état. On ne pouvait ni photographier, ni filmer librement les paysages, les villes, etc. Qu’avait-on donc à cacher ? La misère ? La réalité ? Pourquoi empêcher les pauvres touristes d’avoir une camera ordinaire par exemple ? Avait-on peur d’espions ? Pourtant avec un objet factice en forme de stylo, d’une boîte d’allumette ou de cigarette un vrai espion est capable de filmer aussi bien qu’avec une camera de télévision, à l’insu de tout le monde, et cela n’importe où, même dans les endroits les plus secrets.
B. La transparence dans la gestion d’une organisation.
Dans la gestion d’une organisation, trois domaines retiennent notre attention : la gestion du personnel, la gestion des finances et la gestion matérielle.
1°. Transparence dans la gestion du personnel. Celle-ci ne se fait pas toujours dans les règles. De mauvaises habitudes sont ancrées dans les mentalités. Certaines promotions sont obtenues grâce aux cadeaux en nature ou en argent, faits aux responsables. Nous avons vu plus haut que la compétence était un des éléments indispensables à une bonne organisation. Un élément qui n’est pas à sa place risque de freiner le groupe, le rendement, de provoquer du mécontentement, et le découragement de toute l’équipe. Alors la négligence s’installe et le résultat final en pâtit. D’autre part les éléments de valeur ne sont pas toujours appréciés par certains responsables, peu sûrs d’eux, et craignant la concurrence. On apprécie pourtant un chef qui sait exploiter les compétences qui l’entourent, qui les reconnaît à leur juste valeur, pour un rendement dont tout le monde peut être fier.
La transparence devrait commencer dès le recrutement, par concours, et soumettre les promotions à des critères objectifs et incontestables d’évaluation du personnel.
2°. Transparence dans la gestion financière et matérielle.
La gestion des biens et des finances d’une société, d’une équipe de travail, doit se faire de façon transparente. Le responsable prendra soin d’annoncer par exemple aux membres de son équipe l’arrivée de crédits au département, d’un don, etc. Cette information leur donnera une certaine part de responsabilité dans la gestion qui leur sera bénéfique.
La transparence s’exercera également dans la gestion matérielle. Toujours agir dans la clarté. Pourquoi avoir donné à untel le reste des boissons de la fête d’hier, et pas à celui-là ? Pourquoi ne pas l’avoir proposé à tout le monde ? Pourquoi untel a droit à un bureau mieux équipé que l’autre ? Cela pourrait paraître mesquin aux yeux d’un chef qui agit sans arrière pensée. Mais les relations humaines et le rendement de l’équipe pourraient en subir les conséquences. La transparence évitera des conflits inutiles, la jalousie, et le mauvais climat au sein de l’équipe.
La société congolaise se trouve en attente de secours. Il est vrai que c’est une société qui prie intensément Dieu qui s’est manifesté de différentes façons à plusieurs individus. Il a donné à chacun suffisamment de force pour supporter l’insupportable. Il est question à présent d’utiliser cette force ensemble pour se libérer des nombreux pièges qui bloquent la société. Car le secours attendu viendra du sein même de la société congolaise. Mais il y a des obstacles et des freins. Le frein principal s’appelle la peur. C’est lui qui commande les autres :
- La peur de l’esprit d’organisation signifie l’attachement aux désordres, à des situations ambiguës, qui procurent des profits au détriment de l’autre, en langage chrétien, au détriment du prochain.
- La peur d’instruire le peuple de ses droits, de lui apprendre à s’en servir, à se prendre en mains. Cette peur cache mal l’appropriation du pouvoir par un groupe donné. Céder au peuple la maîtrise de son destin, c’est conduire en même temps les responsables au rôle des serviteurs dudit peuple. C’est là où l’on voit l’honnêteté des propos de ceux qui dirigent. En Europe les droits civiques avaient permis aux masses populaires de conquérir leurs libertés individuelles.
- La peur de la liberté de la part d’un peuple habitué depuis les origines à être commandé et à obéir peut lui faire craindre d’être piégé et le conduire à l’inertie. La peur aussi dans l’autre sens, celle de voir quelques individus abuser de cette liberté et conduire la société au bord de l’anarchie. C’est pourquoi l’éducation à la liberté est fort utile pour marquer les limites où se termine sa liberté et où commence celle des autres. Un peuple qui vit en permanence dans la peur est un peuple qui ne s’épanouira jamais, il restera toujours sous dépendance. Ni l’État ni les organismes internationaux ne peuvent tout faire, il vivra éternellement « sous perfusion » et croupira dans la misère, alors qu’il a tout pour changer son enfer en paradis.
- La peur de la transparence et par conséquent le soutien à des agissements ambigus ou à des structures dont la gestion est opaque et source de profit illégal et bien souvent égoïste. En résumé, un tel soutien signifie: « pourvu que ça dure. Aujourd’hui c’est son tour, demain sera le mien ». Avec cette mentalité le pays ne pas prêt à sortir du sous-développement et de la pauvreté.
Les milieux chrétiens ne sont pas à l’abri des peurs évoquées ci-dessus. Or la peur est le contraire de la foi. Certaines peurs sont même contraires à la probité. Seule une décision ferme peut débarrasser les Congolais de leurs peurs. Il s’agit d’une décision au niveau personnel d’abord, puis au niveau plus large ensuite, entre personnes qui ont décidé fermement de prendre le dessus sur ces freins à l’épanouissement des citoyens. Une telle décision est un combat dur à mener si l’on se trouve tout seul. S’il est mené avec d’autres dans un soutien mutuel il peut même faire des adeptes et changer les mentalités de toute une société. Ce mouvement peut être ou pas d’inspiration chrétienne. De toute façon, partout où ils sont, les chrétiens sont appelés à prêcher l’évangile par l’exemple de vie qu’ils donnent.
« Efforce-toi d’être digne d’approbation aux yeux de Dieu, comme un ouvrier qui n’a pas à avoir honte de son travail, qui annonce correctement le message de la vérité »
2 Timothée 2 : 15
« Vous êtes le sel de la terre. Si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-ton ? Il n’est plus bon qu’à être jeté dehors et foulé par les hommes.
Vous êtes la lumière du monde. Une ville sise en haut d’une montagne ne peut rester cachée ; on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire afin d’éclairer tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise si bien devant les hommes, qu’à la vue de vos bonnes oeuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux ».
Matthieu 5 : 13-14
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par Nicolas Ciarapica | Littérature |
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Le dimanche 18 mars 2007 à 07:55, par Ben Tati Eliézer . S :: email :: #