Je suis chrétienne et je vais régulièrement à l’église. Un dimanche, je me suis sentie poussée à me confier à une dame qui visitait mon église. J’ai partagé avec elle ma détresse et mon désarroi face à ce problème. Elle me suggéra de parler en toute confiance avec ma fille afin de connaître la cause de ces tentatives de suicide. Cette dame soupçonnait fortement des violences sexuelles par rapport à tout ce que je lui disais.

Je questionnais ma fille longuement. Elle finit par éclater en sanglots… et m’avoua enfin son drame : deux de ses cousins, plus âgés, abusaient d’elle depuis l’âge de huit ans. J’étais catastrophée car je n’avais rien vu de tout cela, je ne me suis doutée de rien. Ma fille vivait une telle détresse sous mes yeux ! Quand ma fille a commencé à être abusée, je venais de perdre un fils, elle est devenue craintive, je pensais que c’était à cause du deuil.

Après avoir eu connaissance de ces viols, j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour défendre ma fille, car sa vie était en danger. Ses agresseurs habitaient près de chez moi. J’ai porté plainte contre eux. J’avais mal au cœur parce que ces enfants-là, je les ai élevés. Toute la famille était contre moi. Mais moi, je voulais protéger mon enfant. J’ai agi ainsi afin de mettre un terme à tout cela, pour que la société reconnaisse le caractère criminel de ces viols et que les agresseurs soient punis.

Cette histoire n’est pas seulement celle de ma fille, mais aussi la mienne. J’ai subi aussi le viol, l’inceste dans mon plus jeune âge. On me considérait comme un objet sexuel. J’avais beau chercher de l’aide, je n’en trouvais pas. Ma famille autour de moi me disait de me taire, c’était « tabou ». J’étais une loque, j’avais perdu toute estime de moi. Cela a duré plusieurs années et personne ne m’a jamais défendue.

Seule ma foi en Dieu m’a permis de tenir le coup. Je ne peux pas dire que je suis personnellement guérie de ce traumatisme, mais je n’ai plus de haine envers mes agresseurs, ni ceux de ma fille. Je prie même pour eux.

Il ne faut jamais perdre la communication avec nos enfants, veiller toujours sur eux et être sensibles au moindre changement d’attitude.

J’ai cru ma fille parce que ce qu’elle disait correspondait à sa vie de crainte et de souffrance…

La personne qui est violée a une crainte, c’est de ne pas être pas crue, surtout par ses proches.

C’est arrivé hier, cela s’est reproduit… aujourd’hui

Un enfant de Dieu

Témoignage rapporté par Fabienne GIULIANA