L'afflux des réfugiés est tel que certains villages ont doublé leur nombre d'habitants. Des familles entières arrivent, fuyant les menaces. Beaucoup ont dû abandonner tous leurs biens pour sauver leur vie. Ne parlant pas le kurde, ils ne trouvent pas d'emploi et sont démunis. Beaucoup sombrent dans le désespoir. Parmi les réfugiés, nous avons recueilli les témoignages d'anciens habitants de Doura, un quartier au sud de Bagdad où les groupes armés se livrent à un nettoyage religieux.

Wisam (*) y vivait et en est parti il y a deux ans, emportant seulement les vêtements qu'il portait sur lui. Il a été menacé de nombreuses fois. « Je devais me convertir à l'islam ou partir. Au début, je les ai ignorés mais j'ai vu le temps où ils allaient mettre leurs menaces à exécution alors je suis parti ».

Même histoire pour Jabbar et Zienab, deux frères d'une quarantaine d'années qui ont également reçu de telles menaces. « On avait un ami, qui allait dans la même église que nous. Il avait un magasin et a refusé de payer la taxe islamique. Un jour il a été kidnappé et les ravisseurs ont demandé 10 000 dollars de rançon. Toute l'église s'est cotisée et on a réuni la somme. Deux jours plus tard, notre ami a été libéré, mais il était mort ». Les deux frères ont alors décidé de fuir. Ils sont retournés dans le village qu'ils avaient quitté il y a 25 ans, laissant tous leurs biens derrière eux. Mais ici au moins, leur famille est en sécurité.

On estime que 75 000 chrétiens ont fui le sud de l'Irak pour se réfugier au Kurdistan, région la plus calme du pays où ils ne risquent pas jusqu'à présent d'être rançonnés ou kidnappés. Nazani vient elle aussi de Bagdad où elle est née. Elle et son mari ont tout quitté et vivent maintenant dans un grand dénuement. Mais elle garde espoir : « Nous avons trouvé ici la paix et un endroit pour vivre. Le reste est entre les mains de Dieu. Je crois qu'il prendra soin de nous. »

(*) Pour des raisons de sécurité les prénoms ont été changés.

Source Portes Ouvertes